Au printemps dernier, j’ai été contactée par les Galeries Lafayette pour distribuer mes pièces en patchwork.

Une nouvelle très enthousiasmante évidemment.

Pourtant répondre positivement n’était pas une évidence.

Pour tout vous dire, j’ai déjà eu quelques belles sollicitations de ce genre auxquelles j’ai toujours répondu négativement. La raison?  « Je ne peux pas faire de wholesale car je fabrique tout moi-même et je n’aurai donc jamais la capacité de fournir ».

C’est une position qui se défend et que j’ai tenu jusqu’à maintenant. Je n’avais jamais envisagé de fonctionner autrement et donc de sous-traiter une partie de mon travail.

Ceci en grande partie pour des questions techniques. Que ce soit en tissage, en tufting ou en patchwork, il est très compliqué voire impossible de trouver à faire fabriquer, surtout en France.

Pour moi le problème était réglé. Et mon idée était de continuer à tout faire par moi-même, en distribuant mes produits exclusivement sur ma boutique en ligne et sur Etsy.

En parallèle j’ai donné vraiment beaucoup d’ateliers. J’ai tenté d’avancer dans cet équilibre…pour le moins précaire. Résultat des courses : je me suis épuisée. J’ai bossé comme une malade pour finalement toujours courir après la trésorerie et le temps, tout cela malgré un succès certain.

Comme souvent dans la vie, il a fallu que j’aille au bout de ce mode de fonctionnement et que j’arrive au bout de mes forces pour décider de re-considérer mon schéma. Bien sûr, les habitudes ont la peau dure et le changement peut entamer la confiance. C’est pourquoi j’ai été chercher de l’aide.

D’abord, j’ai eu besoin de faire un point route. J’ai fais réaliser un audit de mon entreprise, histoire de voir si j’étais totalement à la rue et quelles perspectives s’offraient à moi si je voulais me développer et vivre mieux. Par vivre mieux j’entends financièrement mais également moralement et physiquement. Pendant 3 ans j’ai travaillé 7 jours sur 7 avec 3 semaines de vacances l’été, un rythme que je déconseille vivement!

La réalité est assez simple : soit vous êtes un artiste ou un artisan d’art qui vend des pièces uniques à prix élevé, soit vous avez une marque qui décline des produits en quantité et vous les distribuez. J’étais entre les 2, c’est à dire sans la carrure d’aucun des 2 cas de figure. Je l’écris sans dévalorisation aucune, d’autant plus que je connais le potentiel de mon travail mais la réalité économique oblige à affirmer un de ces choix et à structurer son projet en fonction de ce choix.

Tous les créateurs-entrepreneurs vous le diront : la meilleure partie c’est la création. Hors plus on avance, plus elle se réduit à peau de chagrin. Lorsqu’en plus on doit reproduire 30 fois le même coussin ça devient vite infernal.

Au terme de cet audit, la conclusion fut donc que pour sortir de cette spirale il fallait déléguer, à la fois pour m’alléger mais aussi pour pouvoir distribuer mes créations plus largement et répondre favorablement à la demande. Comme les planètes sont parfois bien alignées, c’est peu après que les Galeries Lafayette m’ont contactée. je l’ai pris comme un clin d’oeil de l’univers qui venait confirmer et récompenser ma décision.

Le plus dur reste à faire car les galères de production, c’est encore une autre aventure. Mais comme cette aventure est nouvelle et qu’elle présage d’une certaine liberté, elle ne me fait pas si peur. Que signifie cette « liberté » pour moi ?

Je veux pouvoir dessiner et prototyper mes modèles puis les faire fabriquer afin qu’ils soient suivis, sans rupture de stock permanente.

Je veux me consacrer aux collaborations artistiques que je partage avec des illustrateurs, des designers ou des marques.

Je veux ne pas perdre ma vie à la gagner.

Je veux passer mes week-end en famille ou entre amis et plus derrière ma machine à coudre ou mon métier à tisser.

Quant à mes états d’âme pour ce qui est du fait main, la typologie de mes créations fait que de toute façon elles resteront artisanales même si ce sont d’autres mains que les miennes qui les fabriquent.

C’est donc un travail de longue haleine qui m’occupe à l’heure actuelle. Je dois continuer de mener les projets en cours ET de fabriquer seule en grande partie tout en cherchant les partenaires qui pourront m’accompagner sur ce nouveau chemin.

La suite bientôt!